
Premier musée universel hors du monde occidental, le Louvre Abou Dabi inaugure en terre arabe une institution culturelle née de l’Europe des Lumières. Ses valeurs et son identité reposent sur les notions de découverte, de rencontre et d’éducation, que porte en soi l’alliance inédite du plus grand musée du monde avec l’Arabie moderne.
Armature intellectuelle et conceptuelle du futur musée, le projet scientifique et culturel du Louvre Abou Dabi traduit cette rencontre en un propos muséographique original, conçu pour présenter et faire dialoguer l’art des différentes civilisations et cultures du monde, des plus immémoriales aux plus actuelles. Décloisonner les arts et les techniques, les civilisations et les aires géographiques, pour mettre en valeur tant les échanges que les spécificités propres à chacune : cette volonté est à l’image de la réalité multiculturelle d’Abou Dabi et prolonge le rôle millénaire de l’Arabie comme lien entre l’Ouest et l’Est, le Nord et le Sud, dans le souvenir de la route de l’encens, de l’histoire du Golfe persique entre Europe et Océan Indien, ouvrant la voie du contact avec l’Asie et l’Afrique.
Il s’agira d’offrir aux visiteurs des grands repères pour comprendre l’histoire des arts propre aux différentes civilisations, l’Occident, le monde arabo-musulman et l’Asie, mais aussi l’Afrique, l’Amérique et l’Océanie. De même, le Louvre Abou Dabi s’appuie sur une conception résolument comparatiste, grâce à une présentation concentrée sur quelques centaines d’œuvres pertinentes et démonstratives, dans un espace à échelle humaine, autorisant ainsi une compréhension de la totalité du propos en une seule visite, selon un parcours unique.
En quatre versions successives, qui seront présentées jusqu’en 2010, comme autant d’approfondissements et de précisions du propos, le projet scientifique et culturel affirme quelques grands principes. Le parcours suivra un cheminement à la fois chronologique et thématique, au sein duquel les différentes civilisations seront exposées de manière parallèle et concomitante.
L’axe chronologique sera divisé en quatre grandes périodes, facilement intelligibles par un large public : archéologie et naissance des civilisations ; temps médiévaux et naissance de l’Islam ; l’époque classique, de l’Humanisme aux Lumières ; l’époque moderne et contemporaine, à partir de la fin du XVIIIe siècle.
Pour proposer un discours qui permette de saisir cette perspective historique et culturelle globale dans un nombre d’œuvres limité, plusieurs niveaux de thématisation sont retenus, qui autoriseront, de plus, la rotation annuelle des prêts français sur les dix premières années d’existence du musée. Le premier de ces niveaux, qui servira de fil rouge à la visite, correspond à un thème fondamental de la création artistique, renouvelé chaque année, abordant de grandes questions humaines telles que le pouvoir, l’histoire, la spiritualité, l’intimité, etc. Ces grands thèmes seront déclinés en fonction des civilisations et des périodes envisagées.
Cette déclinaison devra reposer sur une forte contextualisation des œuvres, par un travail approfondi sur la place de l’architecture et de l’urbanisme, la notion de décor, les parallèles dessinés avec le cinéma, la musique et la littérature, pour chaque civilisation envisagée.
Dans un même souci didactique, le projet scientifique et culturel mène une réflexion essentielle sur les questions de médiation, tant humaine qu’audio-visuelle, et sur la place de l’image animée dans le parcours muséal, qui devront accompagner au plus près les visiteurs du monde entier dans leur visite. Ce dispositif sera complété par la mise en place d’un musée des enfants, composé d’une galerie d’exposition autonome et d’ateliers. Ainsi, le projet s’efforce d’inscrire dans la réalité du parcours de visite la généreuse invitation des Lumières à apprendre par un regard sensible et éclairé, qui étudie, compare et se délecte du sens toujours singulier des œuvres qui lui sont offertes.
Construisant son propos universel sur les principes posés par l’accord intergouvernemental de mars 2007, le projet scientifique et culturel mettra en lumière la richesse des collections publiques françaises, dont il offrira, pour la première fois en un même lieu, un panorama très large. Le programme d’expositions temporaires, défini parallèlement au projet scientifique et culturel, viendra amplifier le propos offert par les galeries du musée, en invitant les collections du monde entier à contribuer à des événements originaux, susceptibles de circuler dans de grandes institutions muséales internationales.
Commission des acquisitions du musée du Louvre Abou Dhabi
L’article 7 de l’accord intergouvernemental signé le 6 mars 2007 précise que l’Agence France-Muséums porte conseil et assistance à la stratégie d’acquisition des collections permanentes du musée du Louvre Abou Dabi. Il est entendu entre les parties émirienne et française que seules des œuvres de très haute qualité devront être acquises afin de constituer une collection de tout premier plan, qui pourra être reconnue comme telle au niveau international. L’Agence est conseil pour la constitution d’une Commission des acquisitions, formée sur le modèle de celle du musée du Louvre, et propose les modalités pratiques d’acquisition. La déontologie la plus stricte préside aux choix des œuvres, notamment quant à leur provenance. L’aval de la Commission est indispensable à toute acquisition. Cette Commission, établie d’un commun accord entre les parties émirienne et française, se compose de douze membres et est présidée par S. A. Sheikh Sultan Bin Tahnoon Al Nahyan.
Elle comprend trois membres désignés par la partie émirienne :
Monsieur Mubarak Hamad Al Muhairi
S. E. Monsieur Zaki Anwar Nusseibeh
S. E. Monsieur Saeed Al Hajeri
Et huit membres désignés par la partie française :
Monsieur Pierre Rosenberg - Vice-président de la Commission des acquisitions ; membre de l’Institut ; Président-directeur honoraire du musée du Louvre
Monsieur François Baratte - Vice-président du Conseil national de la recherche archéologique ; Membre de la commission consultative des recherches archéologiques à l’étranger du ministère des Affaires étrangères et européennes ; Professeur à l’université de Paris IV-Sorbonne - INHA
Madame Marie-Claude Beaud - Directrice du Nouveau musée national de Monaco
Monsieur Peter Fuhring - Professeur à la Fondation Custodia
Monsieur Jean-François Jarrige - membre de l’Institut ; directeur d’UMR au CNRS ; ancien président du musée national des Arts asiatiques - Guimet
Monsieur Henri Loyrette - membre de l’Institut ; Président-directeur du musée du Louvre ;
Monsieur Michel Pastoureau - Professeur à l’EPHE
Monsieur Gilles Veinstein - Professeur au Collège de France
Les premières acquisitions
Dix-neuf œuvres ont été acquises. Ces premières œuvres, issues de trois continents, couvrent une période allant du VIe siècle avant notre ère jusqu’au XXe siècle et s’inscrivent directement dans les axes définis par le projet scientifique et culturel. Six d’entre elles proviennent de la collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé.
Ces acquisitions ont été dévoilées par S. A. Sheikh Mohammed bin Zayed Al Nahyan, prince héritier d’Abou Dabi, et le président de la République française Nicolas Sarkozy le 26 mai 2009 lors du lancement officiel des travaux du musée du Louvre Abou Dabi. Elles étaient visibles à l’Emirates Palace, lieu d’accueil des délégations officielles, jusqu’au 31 août 2009 dans la cadre de la présentation « Talking Art: Louvre Abu Dhabi ». Ces premières acquisitions y sont complétées par dix prêts provenant des collections publiques françaises, reflétant les collections que présentera le musée du Louvre Abou Dabi les dix premières années de son existence.